Habitats - RNNPM

Habitats

La très grande richesse écologique de la RNNPM est due à la mosaïque de milieux naturels qui la compose. On ne compte pas moins de 30 habitats naturels qui peuvent être regroupés en 13 grands types  d'habitats, composant 5 grandes entités structurelles. 

Les habitats aquatiques

  • Les mares et cours d’eau méditerranéens (permanents, intermittents et temporaires)

La géomorphologie, l'imperméabilité du substrat et le climat méditerranéen présents qui s'expriment sur le territoire de la réserve sont à l'origine d'un réseau de mares et de cours d'eau temporaires ou/et intermittents caractéristique de la plaine des Maures. À ce réseau hydrologique, sont liés plusieurs habitats communautaires dont l’habitat communautaire prioritaire “mares temporaires méditerranéennes” qui se décline ici sous la forme de ruisselets et suintements temporaires. Petits points d'eau d'apparence anodine ou simples cuvettes laissées ici et là par la pluie, les mares temporaires sont en réalité un fantastique creuset de vie. Ces mares et ruisselets ne sont en eau qu'une petite partie de l'année (en général durant l'hiver jusqu'à la fin du printemps) et s'assèchent complètement durant la période estivale. L'eau qui les alimente provient de la pluie ruisselant le long des dalles rocheuses de grès imperméables. Ces mares sont le lieu stratégique où se joue le cycle de la reproduction et la survie de nombreuses espèces.

Les rivières intermittentes méditerranéennes sont des rivières dont l'écoulement est interrompu durant la période estivale, laissant le lit à sec ou avec quelques vasques qui concentrent la biodiversité aquatique en été. Des groupements végétaux méditerranéens poussent sur des limons riverains. Ces rivières intermittentes sont le domaine des poissons méditerranéens comme le blageon ou le barbeau méridional mais ont aussi un rôle très important en période automnale et hivernale pour la circulation des anguilles. Des invertébrés spécifiques et même endémiques y sont présents. Elles ont aussi un rôle de corridor d’alimentation, de vol ou de déplacement pour les espèces mobiles qui suivent les trames du réseau hydrologique et des cordons de végétaux qui l’accompagnent. L'originalité de ces milieux tient à l'alternance entre la phase de mise en eau aux périodes humides et la phase d'assèchement estival. 

  • Les plans d’eau, lacs et étangs

Ces habitats méritent d’être cités pour le rôle qu’ils jouent en tant qu’habitat d’espèces patrimoniales. Les étangs, lacs, et autres plans d’eau permanents abritent en effet une faune diversifiée et protégée.

  • La végétation de ceinture des bords des eaux

Autour des lacs des Escarcets, des Aurèdes et d’autres petits plans d’eau permanents, se développent une ceinture de végétation de roseaux essentiellement constituée de phragmites australes et de massettes à larges feuilles. Ces roselières qui servent de zones de frayères pour les poissons abritent notamment de nombreuses libellules ainsi qu'une avifaune remarquable. Les hirondelles s'y abritent certains soirs pour former de gros dortoirs en fin d'été.

Les pelouses et prairies

  • Les “pelouses d’annuelles” sur sable fin

Ces pelouses sont caractérisées par des communautés pionnières de plantes annuelles de petite taille riches en thérophytes (plantes bulbeuses), fleurissant au printemps (vernales), comme les orchidées sauvages, la tulipe australe ou les iris sauvages. Elles s'observent par petites plages disséminées au sein de différents ensembles de végétation (maquis à bruyère ou à cistes). On les trouve également souvent en contrebas des dalles rocheuses sur les dépôts de sables de grès issus de l'érosion de ces dalles. Ces pelouses sableuses oligotrophes (pauvres en matières organiques) hébergent une flore d'une grande diversité mais qui s'assèche très rapidement en fin de printemps. C'est l'habitat privilégié non seulement de nombreux insectes mais surtout des reptiles comme la tortue d'Hermann.

  • Les steppes et pelouses sèches

Plutôt constituées de plantes vivaces dominées par des graminées adaptées aux conditions de sol et de climat très secs, ces pelouses sèches évoluent très lentement vers le maquis à cistes et vers des fourrés de sclérophylles (formés de plantes dont les feuilles sont recouvertes d'une cuticule épaisse et coriace adaptées à la sécheresse). Ces pelouses steppiques sont composées d'un certain nombre de graminées et de fougères protégées et d'affinité nord-africaine ce qui prouve la rudesse des conditions estivales.

Elles jouent plusieurs rôles essentiels au développement de la biodiversité exceptionnelle de la réserve : elles constituent le biotope de nombreux animaux vivant en plaine des Maures, elles renferment une faune entomologique (insectes) très importante et très variée et constituent ainsi des zones de chasse et d'alimentation pour de nombreux types d'insectivores, certains rapaces viennent y chasser les serpents et les lézards. Elles constituent également des zones de nidification pour les oiseaux inféodés aux milieux ouverts et pour les tortues d'Hermann qui aiment y pondre leurs œufs.

  • Les prairies humides et mégaphorbiaies

Les prairies humides sont constituées en plaine des Maures soit de prairies et mégaphorbiaies naturelles à hautes herbes soit de prairies de fauches plutôt anthropiques sur les sols alluvionnaires hygrophiles des bords de l’Aille et du Riautort. Ces prairies ou groupements herbacés humides sont des habitats relativement rares dans le bassin méditerranéen (surtout sans eaux salées) et sont, à l’échelle nationale, en forte régression. Sur la RNNPM ces prairies sont présentes, de façon ponctuelle, au niveau de dépressions, à proximité directe d’un cours d’eau ou d’une nappe phréatique affleurante. Elles sont localisées sur les parties agricoles en bordure des rivières. Ce milieu ouvert, ne subissant peu ou pas de traitements phytosanitaires, joue un rôle important pour un cortège faunistique composé d’insectes et d’oiseaux. Les tortues d’Hermann fréquentent aussi les lisières de ces prairies pour s’alimenter.

Les formations rocheuses 

  • Les pentes rocheuses siliceuses

Dans la Réserve, cette végétation se retrouve essentiellement sur les crêtes et pentes rocheuses des piémonts du massif des Maures. Les communautés végétales de fougères et de plantes à rosettes s’installent dans les fissures étroites, profondes et friables des parois rocheuses où des fragments de sol ont pu se former. Le recouvrement par la végétation reste faible (inférieur à 50%). 

  • Les dalles rocheuses 

On y trouve des pelouses pionnières xérophiles sur dômes rocheux riches en sedum, mousses et lichens. Formées sur des dalles de grès, ces formations pionnières sont un autre élément de contraste de la plaine des Maures et abritent une diversité insoupçonnée. C’est l’habitat le plus sec de la RNNPM. Cet habitat est également d’un grand intérêt pour certaines espèces protégées, notamment
le scorpion jaune et le lézard ocellé qui trouvent abri dans les fissures et cavités des dalles. 

Les landes, maquis et matorrals

  • Les landes, garrigues et maquis bas

La plus grande partie de la surface de la RNNPM est constituée de cette végétation de strate herbacée ligneuse ou buissonnante. Le maquis constitue un paysage avec des pelouses sèches sur-étagées de peuplements diffus de chênes liège, de pins maritimes ou de pins parasols. Les landes sont basses lorsqu’elles sont constituées essentiellement de callunes ou de cistes comme aux environs du lac des Escarcets. Le manque de sol et les passages répétés des incendies ainsi que les broyages d’entretien des pare-feux bloquent les dynamiques de végétation à des garrigues constituées de cistes et de lavandes. Les landes, matorrals et maquis bas constituent un biotope très favorable à la faune des milieux ouverts et semi-ouverts de la RNNPM. 

  • Les fruticées sclérophylles et maquis hauts

Sur sols alluvionnaires plus profonds et plus frais, ces maquis peuvent devenir plus buissonnants et mêmes impénétrables lorsqu’ils sont constitués de bruyères arborescentes, de bruyères à balais ou d’arbousiers. Ces maquis hauts à éricacées poussent essentiellement sur les sols bruns du piémont du massif des Maures.

Les habitats forestiers 

  • Les forêts caducifoliées

En plaine des Maures, les forêts de feuillus sont essentiellement constituées de peuplement de chênes pubescents qui colonisent les langues de sols plus profonds.

Les forêts purement caducifoliées à chêne pubescent sont rares dans la réserve et poussent essentiellement en peuplement mixte en mélange avec des chênes-lièges. Au sein de la RNNPM, les châtaigneraies sont de type provençal et forment des peuplements de taillis souvent en mélange avec les chênes.

  • Les forêts de conifères

Les pinèdes méditerranéennes sont des habitats d’intérêt communautaire largement représentés et typiques des paysages “cartes postales” de la RNNPM. Les forêts de pins maritimes mésogéens poussent sur les zones de quartz et dominent des landes sèches à callunes, souvent en mélange avec la suberaie sèche. Espèce pionnière après incendie, le pin maritime représente souvent des structures à évolution lente vers la forêt de chênes-lièges. Même si cet habitat est souvent dégradé par des incendies répétés ou par des attaques de la cochenille, les bois morts ou infectés complètent le rôle écologique essentiel joué par les feuillus et représentent une source de nourriture pour des coléoptères saproxyliques notamment les patrimoniaux comme le lucane cerf volant et le grand capricorne. 

Les forêts de pins pignons (ou pins parasols) occupent préférentiellement les zones de dalles de grès ou les sols sableux et alluviaux. Le pin pignon forme aussi des peuplements qui se dressent au-dessus des maquis bas à cistes. C'est une espèce thermophile qui forme des peuplements sur des maquis de cistes, d’un grand attrait paysager que l'on peut admirer au bois du Rouquan et au bois de Bouis. Localement, le sous-bois est composé de hautes bruyères, d’arbousiers ou de filaire à feuilles étroites. Des peuplements épars de pins d'Alep sont présents dans le nord-ouest de la réserve.

  • Les forêts sempervirentes non résineuses (chênes-lièges)

Ce sont des peuplements de chênes-lièges. La suberaie provençale est l'habitat le plus représenté et l’un des éléments structurant majeur des écosystèmes de la RNNPM. Le chêne-liège couvre 56 % du territoire de la réserve et s'exprime en deux types de suberaies. La suberaie xérophile, partout où le sol est superficiel, où les arbres, plus petits, poussent de manière éparse, en mosaïque avec d'autres milieux ouverts ou semi-ouverts. Cette suberaie sèche est omniprésente dans la réserve, en sur-étage ou en mosaïque avec quasiment tous les habitats ouverts. La suberaie mésophile, lorsque le sol est profond et frais (sol brun), qui est constituée principalement de très gros et vieux arbres avec un sous-bois très dense constitué principalement de bruyères et d'arbousiers. C’est notamment le cas sur les piémonts du massif des Maures et dans les vallons frais de la plaine. 

  • Les forêts riveraines, forêts et fourrés très humides

Ce sont les peuplements d'arbres situés le long des rivières appelés "ripisylves". Elles sont constituées essentiellement de frênes oxyphiles, d'aulnes glutineux, de saules et de peupliers blancs. Elles jouent un rôle capital d'habitat refuge pour la faune pendant la période chaude et constituent des corridors de déplacements pour de nombreuses espèces. D'autres animaux s'y nourrissent exclusivement. Les ripisylves ont également de nombreuses autres fonctions qui contribuent au bon fonctionnement des cours d'eau : stabilisation des berges, atténuation des inondations... Pour toutes ces raisons, les ripisylves sont classées en tant qu'habitat d'intérêt communautaire au niveau européen. Leur maintien, voire leur reconstitution quand elles ont été abattues, est un enjeu pour la préservation de la richesse écologique de la réserve.