Faune - RNNPM

Faune

La RNNPM est particulièrement réputée pour préserver l'un des derniers noyaux de population viable de la tortue d'Hermann. Mais celle-ci n'est en fait que le porte-drapeau d'une délégation d'espèces protégées qui recouvre presque tout le règne animal, des reptiles aux mammifères, en passant par les oiseaux, les insectes, les batraciens, les poissons : 183 espèces sont protégées par la loi, voire des traités internationaux, comme la convention de Berne. 

Si ces espèces sont protégées, c'est parce qu'elles sont menacées, voire proche de l'extinction. La RNNPM, et la France à travers elle, ont la responsabilité de mettre en œuvre des actions afin de préserver durablement les individus de ces espèces, mais également leurs milieux de vie.

Parmi l'ensemble des espèces animales recensées, le plan de gestion de la RNNPM a identifié celles pour lesquelles mettre en œuvre des actions directes spécifiques pour leur importance dans l'écosystème. Ce sont les groupes taxonomiques ou les espèces à enjeux majeur ou très fort pour la RNNPM. 

  • La tortue d’Hermann (Testudo hermanni hermanni) 

La tortue d’Hermann est la seule tortue terrestre autochtone présente en France. Elle est actuellement l’un des reptiles les plus menacés à l’échelle européenne et mondiale. En France, l’espèce a disparu du massif des Albères dans les Pyrénées-Orientales dans les années 1960. Elle ne subsiste plus qu’en Corse, en effectifs réduits, et dans le Var, principalement dans la plaine des Maures. La plaine des Maures est le creuset du noyau populationnel le plus important sur une superficie d’environ 14 000 hectares dont 5 276 en Réserve naturelle nationale et 397 en arrêté de protection de biotope. Les densités relevées dans les populations varoises sont généralement inférieures à 2 individus/hectare mais elles peuvent dans certains cas atteindre des densités supérieures à 5, voire 10 individus/hectare dans certains secteurs de la RNNPM. La tortue d’Hermann est l’espèce phare de la RNNPM qui abrite l’essentiel de la population de France continentale.

  • Les invertébrés saproxyliques 

L'ensemble de la diversité des arthropodes saproxyliques (qui consomment du bois mort) constitue un maillon essentiel dans les équilibres écologiques de dégradation du bois mort et du retour au sol de la matière organique. Les différentes ressources alimentaires associées aux niches écologiques proposées par les nombreux micro-habitats qu'offrent les forêts agées (faune du sol, faune saproxylique, insectes aériens des canopées, champignons...) sont indispensables à une grande partie de la faune protégée de la plaine des Maures (oiseaux, chiroptères, amphibiens, reptiles…). Sur le territoire de la RNNPM, plusieurs espèces de coléoptères et de diptères saproxyliques rares et patrimoniaux ainsi que leurs parasitoïdes (souvent des hyménoptères) ont été inventoriés notamment dans les vieux chênes lièges et les gros arbres des ripisylves. 

Concernant les coléoptères saproxyliques, ce sont plus particulièrement les rares coléoptères saproxylophages du chêne-liège que les scientifiques souhaitent conserver en plaine des Maures. La liste d'espèces de coléoptères vivant dans les vieux bois traduit bien le grand nombre de micro-habitats imbriqués en mosaïques (fleurs, tiges, souches, racines, etc.)  et utilisables par bon nombre des insectes saproxyliques aux différents stades de maturité (de la larve à l'adulte).

Pour les diptères saproxyliques, la très forte richesse potentielle de la RNNPM pour ses groupements ont conduit à engager des inventaires notamment par piégeage avec des tentes appelées "pièges malaises". 

  • Les oiseaux macro-insectivores

Ces oiseaux plutôt d'affinité africaine affectionnent les biotopes ouverts de la RNNPM en mosaïque avec le maquis car ils y trouvent une ressource importante en gros insectes (carabes, bousiers, sauterelles, criquets, cigales…). Parmi ces oiseaux macro-insectivores, trois espèces de pie-grièches sont présentes dans la RNNPM. Une est sédentaire (la pie grièche méridionale) et les deux autres (pie-grièche à tête rousse et pie-grièche écorcheur) sont migratrices et ne sont présentes sur le site qu’à leur retour d'Afrique trans-saharienne à partir de la fin avril ou début mai et jusqu’en août-septembre.

  • Les chiroptères forestiers 

De nombreuses chauves-souris ont été recensées dans la réserve naturelle natinale de la plaine des Maures. La conservation des vieux arbres et de la fonctionnalité des écosystèmes participent à leur protection d'une dizaine de chiroptères dont certaines espèces emblématiques. Parmi elles, le murin de Beichstein (Myotis bechsteini) est une espèce de chauves-souris très représentative de bonne qualité des milieux forestiers matures. Ce murin est assez rare et localisé en Méditerranée. Depuis 2014, la RNNPM a apporté plusieurs preuves de reproduction (captures de femelles allaitantes) dans divers secteurs de la RNNPM. Les études et suivis menés sur cette espèce ont permis de localiser 5 gîtes de reproduction ou d'élevage des jeunes dont 4 sont situés dans la réserve et 2 en périphérie immédiate. La Barbastelle d’Europe (Barbastella barbastellus) est une espèce de chauve-souris forestière qui est dotée d’un pelage long et gris cendré. Cette espèce semblait peu présente en Méditerranée mais les découvertes récentes (depuis 2018) d'individus dans le Var semblent indiquer une nouvelle colonisation de milieux méditerranéens (ripisylves et boisements de feuillus). Il a même été découvert 4 gîtes arboricoles de Barbastelle d'Europe derrière des écorces décollées d'ormes-champêtres morts. Sur 1 de ces 4 gîtes en ripisylve de l'Aille, la RNNPM a prouvé la reproduction de la barbastelle avec la capture de 6 jeunes de l'année à l'envol. Le Petit Rhinolophe (Rhinolophus hipposideros), pour lequel la RNNPM constitue un territoire de chasse favorable à l’espèce et les principaux contacts se situent sur le piémont du massif des Maures.

Le petit Murin (M. blythii), dont une très belle colonie de reproduction est connue à environ 5 km au nord de la RNNPM (Grotte d’Entraigue) et une petite dizaine d’individus fréquentent régulièrement les anfractuosités de l’ancien pont de la Haute Verrerie sur le Riautort. 

  • La pédofaune (l'ensemble des invertébrés du sol)

Cette pédofaune, encore trop peu étudiée, est conditionnée par les facteurs environnementaux qui peuvent être extrêmes (températures, sécheresse, acidité de l’humus…). Néanmoins, diverses espèces endémiques provençales de coléoptères du sol ont été découvertes dans les sols frais des vallons qui descendent des Maures notamment sur les secteurs en RNNPM.

  • L'agrion de Mercure (Coenagrion mercuriale) 

Cette petite libellule zygoptère gracile à abdomen fin et cylindrique est présente sur la RNNPM aux abords de la rivière intermittente des Neufs Riaux au niveau du lieu-dit du Pont romain. Les prairies, les friches ou les zones de végétation qui borde les ruisseaux ou fossés ont une grande importance pour l’espèce car l’agrion de Mercure se déplace surtout dans la végétation ensoleillée et au ras de l’eau. La ponte est déposée dans les parties immergées des plantes. 

  • Le barbeau méridional (Barbus meridionalis) 

Cette espèce de poisson du pourtour méditerranéen qui préfère les eaux fraîches et bien oxygénées et malgré tout bien adapté à la fois aux rudes conditions de la période estivale et aux crues saisonnières violentes. Il est présent dans l’Aille et le Riautord mais peut également remonter les affluents tels que le Mourrefrey, le Rascas ou les Neufs Riaux quand il y a assez d’eau. 

  • L'anguille (Anguilla anguilla) 

Cette espèce de poisson n’est pas classée comme d’intérêt communautaire mais elle présente un enjeu réel de conservation au niveau mondial. Le fleuve Argens ainsi que ses affluents dans la RNNPM représentent un intérêt majeur à l’échelle du bassin méditerranéen et Corse pour la préservation des géniteurs et du fait de leurs faibles aménagements en obstacles transversaux. Pour l’anguille, l’Aille qui traverse la RNNPM est ainsi plus qu’une zone de corridor ou de stationnement ; c’est une zone où le poisson peut passer l’essentiel de sa vie (10 à 20 ans). 

  • La grenouille agile (Rana dalmatina) 


Cette grenouille dénote des autres espèces d’anoures d’affinité méditerranéenne de la RNNPM car elle est très forestière et n'est liée à l'eau que pour la reproduction. Sa population dans le Var (Massif des Maures et dépression permienne) est très localisée et forme un isolat déconnecté de plus d’une centaine de kilomètres des autres populations françaises les plus méridionales. 

 

 

 

  • La cistude d’Europe (Emys orbicularis) 

Cette espèce de tortue est considérée comme vulnérable, c’est-à-dire en forte régression du fait de facteurs extérieurs défavorables. Espèce aquatique mais dépendante de milieux secs lors de la ponte, elle souffre de la dégradation des milieux humides. La cistude d’Europe occupe tous les habitats aquatiques de la RNNPM, des ruisselets temporaires aux mares, rivières et grandes pièces d’eau permanentes. Les nombreuses retenues DFCI ont largement bénéficié à cette tortue aquatique.

  • Le lézard ocellé (Timon lepidus) 

Ce reptile menacé à l’échelle nationale et européenne fait l'objet d'un Plan national d'action. D’affinité méditerranéenne, le lézard ocellé se cantonne en France principalement sur le littoral Atlantique, dans les causses du Lot et sur le pourtour méditerranéen. La RNNPM abrite une vaste métapopulation de lézards ocellés avec des populations locales plus ou moins connectées. On peut observer une très belle population de ce reptile sur les grandes dalles rocheuses de la commune de La Garde-Freinet vers le lieu-dit du Pont romain où une densité exceptionnelle a été observée (jusqu’à un individu tous les 50 mètres environ). 

  • Le blongios nain (Ixobrychus minutus) 

Ce petit héron migrateur se trouve en France à partir du début du printemps dans les zones d’eau douces de basses altitudes. Dans la RNNPM, il utilise les bords de lacs et plans d’eau ainsi que les bords de talwegs et ruisselets qui sont bordés de roselières, de saules ou de buissons moyennement hauts pour se reproduire en couples isolés. Il est classé en danger car ses effectifs sont en net déclin en France. Dans la RNNPM, la principale menace vient du dérangement causé par les promeneurs ou les pêcheurs qui veulent s’approcher au plus près des lisières et franges des roselières et par les chiens, notamment durant son cycle de reproduction.

  • La Rousserolle turdoïde (Acrocephalus arundinaceus) 

Inféodé aux roselières de gros diamètres inondées, ce passereau paludicole migrateur trans-saharien arrive à la mi-avril dans la RNNPM sur les bords du lac des Escarcets et parfois dans les roselières de la retenue des Aurèdes. Cette rousserolle repartira dès la fin juillet après s’être reproduite. Cet oiseau est classé en déclin au niveau national et ses effectifs varois sont réduits à quelques sites. La roselière du lac des Escarcets accueille quelques couples de rousserolle turdoïde dont les mâles chantent à plein gosier tout le printemps. 

Pour aller plus loin, téléchargez : 

La liste des espèces animales protégées de la RNNPM 

La liste des espèces faunes-flores inventoriées au 1er plan de gestion